lundi 1er septembre 2014

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Internet, l’autre zone de guerre d’Israël

Laurent Suply, le Figaro

mercredi 31 décembre 2008, sélectionné par Spyworld

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Israël résume ses opérations militaires en 140 signes sur Twitter et diffuse sur YouTube des vidéos de ses frappes sur Gaza. Objectif : contrôler son image et gagner la guerre de la propagande sur le net.

Résumer une guerre en 140 signes. C’est l’exercice inédit auquel s’est livré Israël mardi, avec sa première « conférence de presse citoyenne » sur Twitter. David Saranga, diplomate au consulat israélien à New York a répondu à une rafale de questions d’internautes sur ce site de micro-blogging en plein boom.

Exemples de réponses du consul sur ce site où chacun va à l’essentiel et condense au maximum son message : « Hamas has dclred JIHAD on Isr. ths mns they wll go 2 any xtrme 2 injre IL ctzns. their suiciders r ordrd 2 go actv » (Le Hamas a déclaré le DJIHAD contre Israël. Cela signifie qu’ils utiliseront n’importe quel moyen pour blesser des citoyens israéliens. Leurs kamikazes ont reçu l’ordre de passer à l’action). Ou encore « we R pro nego. crntly tlks r held w the PA + tlks on the 2 state soln. we talk only w/ ppl who accept R rt 2 live » (Nous sommes favorables aux négociations. Actuellement, des pourparlers sont en cours avec l’Autorité Palestinienne + pourparlers sur la solution des deux Etats. Nous ne parlons qu’avec des gens qui acceptent notre droit à l’existence).

Pourquoi cette incursion sur une nouvelle plateforme qui reste largement confidentielle ? Réponse de David Saranga, en jargon Twitter : « Saw debate on Twitter and saw diff ppl w/unreliable info, Felt a good way to put official voice out there ». Comprendre : « Vu débat sur Twitter et vu nombreuses personnes avec infos pas fiables, Semble un bon moyen pour faire passer message officiel ici ».

Une autre réponse, un peu plus franche, aurait pu être « Israël ne néglige aucun territoire virtuel pour faire triompher son point de vue sur le web ». Ce que le major Avital Leibovich, responsable de la presse étrangère au sein de l’armée israélienne, a admis en ces termes auprès du Jerusalem Post : « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre ». En matière militaire, l’Etat hébreu est en pointe dans l’utilisation des nouvelles technologies. L’armée israélienne a ouvert un compte sur YouTube, où elle diffuse des vidéos de ses frappes contre le Hamas. Résultat : 162 015 visionnages et des centaines de commentaires en moins de deux jours. Ainsi qu’un léger goût de remake « 2.0 » des fameux missiles verts de la guerre du Golfe.

Une stratégie de présence en ligne rendue d’autant plus cruciale que les ennemis contre lesquels Israël se bat sur le terrain sont aussi très présents sur le web. Les militants islamistes palestiniens utilisent de façon intensive les forums et les vidéos. Si bien qu’au mois d’octobre 2008, des médias et think tanks israéliens ont accusé le Hamas d’avoir mis en ligne le siteAqsaTube.com, copie de YouTube créée en août et sur laquelle cohabitaient des vidéos de propagande du Hamas et des « soap-operas » arabes. Le mouvement islamiste a nié être à l’origine de ce site, qui a depuis disparu de la toile.

« Nous développons la marque en ligne d’Israël »

Israël n’en est pas à son coup d’essai. L’Etat hébreu a déjà déployé ses troupes sur Facebook ou Myspace, et le Shin-Bet (contre-espionnage) avait mêmeouvert des blogs pour quatre de ses espions. L’armée se dit prête à ouvrir prochainement des « vlogs », blogs vidéos dans lesquels des militaires s’exprimeront « face caméra » sur des sujets chauds. Autre initiative : toujours selon le Jerusalem Post, les porte-paroles de l’armée gardent un œil sur les milliers de blogs qui évoquent les affrontements, et n’hésitent plus à « briefer » les blogueurs en privé pour faire passer leur message.

Ces actions de « web-propagande » sont mises en œuvre par des habitués du net dont David Saranga est un fier représentant. Agé de 43 ans, le spécialiste en nouveaux médias du consulat israélien de New York a été formé à l’école du marketing (son portrait par The Jewish Chronicle). Son credo ? « Ne pas cibler seulement les canaux d’informations majeurs mais aussi les nombreux canaux des nouveaux medias », qui prennent de plus en plus d’importance. La webmaster du site du consulat va plus loin : « Nous développons la marque en ligne d’Israël ».

Hors du web, ce travail sur l’image de marque passe par des actions de « guerilla marketing » originales, telles que ce lâcher de 4.200 ballons rouges sur New-York en janvier. Soit le nombre de roquettes Qassam lancées sur Sderot depuis le retrait de Gaza. Ou encore, toujours à l’initiative de Saranga, ces clichés de soldates israéliennes dénudées dans le magazine masculin Maxim en juillet 2007.


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