mercredi 18 octobre 2017

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Dans la plaine afghane avec les soldats français

Isabelle Lasserre, le Figaro

vendredi 2 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de la Défense, Hervé Morin, qui a passé le réveillon auprès des troupes engagées dans un « long effort », a exclu un renforcement du dispositif français.

Les hélicoptères Caracal volent très bas, portes grandes ouvertes, les mitrailleuses pointées vers l’extérieur. Sur les crêtes qui surplombent le village de Deh Sabz, posé dans la poussière, à 20 km de piste au nord de Kaboul, des VAB (véhicules de l’avant blindé) français veillent. Les insurgés peuvent attaquer à tout moment. « La nuit, les talibans passent la crête et descendent de la colline. Ils font pression sur les habitants pour qu’ils arrêtent de coopérer avec les militaires français. »

Sans doute parce qu’il habite dans le coin depuis dix-huit ans, Yves Faivre a fini, avec sa longue barbe blanche, par ressembler à un Afghan. Ce rêveur français qui dirige l’association humanitaire Afrane Développement, s’est mis dans la tête de faire pousser des amandiers à Deh Sabz. Déjà, des bassins ont été installés sur les versants du village pour stabiliser les sols. Yves Faivre est persuadé que son projet agricole va permettre « de faire reculer les talibans ». « En deux ans, j’ai vu les Afghans basculer dans l’insurrection les uns après les autres, car la ­reconstruction n’était qu’un mot jamais suivi d’effet dans les villages. À Deh Sabz, la situation reste ambiguë et fragile. Mais, lorsqu’on leur redonne espoir en les aidant, les habitants résistent aux insurgés. »

La situation reste tendue

Dans le jargon militaire, on appelle ça les « cimic », les coopérations civilo-militaires. La France l’a toujours répété : en Afghanistan, la situation n’est pas seulement militaire. Seule l’afghanisation, c’est-à-dire le transfert de la responsabilité, en matière de sécurité, à l’armée et à la police afghanes, permettra de faire échec aux insurgés. Dans cette région de Kaboul dont la France assure le commandement depuis le 4 août, l’afghanisation est déjà en marche.

Le 28 août, les forces armées afghanes (ANA) ont repris la main à Kaboul. Et depuis le 12 octobre, les hommes du 3e RPIMa se sont effacés derrière l’ANA dans les plaines de Shamali et de Deh Sabz, au nord de Kaboul. Pour le colonel Perrin, qui commande les 830 hommes du Batfra, le bataillon français, le bilan est positif. Il enregistre, dans la région, une « baisse sensible de l’influence des insurgés » et note la « capacité avérée de l’ANA à conduire des opérations conjointes ». À l’échelle du pays, pourtant, les progrès enregistrés dans la région de Kaboul sont bien insuffisants pour infléchir le développement de l’insurrection, qui progresse dans le sud du pays.

À l’est, vers la vallée d’Uzbeen, où dix Français ont péri dans une embuscade le 18 août, la situation reste également tendue. Attaques à la roquette, IED (bombes artisanales) posées sur les routes, embuscades : les soldats français sont sur le qui-vive en permanence. Même la nuit du 31 décembre, une centaine d’hommes ont patrouillé.

Entouré de murs de béton, le quartier général de Tora a été renforcé. Il a aussi reçu de nouveaux équipements depuis l’embuscade d’Uzbeen. « Jamais une base française n’a été aussi protégée », se félicite le capitaine Berger. Et pour cause : depuis le 18 août, les hommes du 3e RPIMa ont plongé dans la guerre, la vraie. Des combats comme ils n’en avaient plus connu depuis la reprise du pont de Vrbanja aux forces serbes à Sarajevo en mai 1995 et, avant cela, en Algérie.

« Partir n’aurait aucun sens »

Ici, dans cet environnement hostile et montagneux, on investit dans le dur. Pas seulement pour repousser la poussière qui s’infiltre partout et adoucir les nuits glaciales. Mais parce que les soldats vont rester longtemps en Afghanistan. Hervé Morin, qui a passé le réveillon auprès des troupes françaises, a confirmé aux soldats qu’ils étaient engagés dans un « long effort », qui se mesure en années et pas en mois. La montée en puissance de l’armée afghane, qui à terme doit compter 122 000 hommes, ne devrait pas s’achever avant 2012. « C’est une œuvre de longue haleine. Mais partir n’aurait aucun sens. Car c’est notre sécurité qui se joue en Afghanistan, où nous luttons contre le terrorisme. »

Conscient que la reconstruction ne pourra pas se faire tant que la sécurité ne sera pas restaurée dans le sud et l’est du pays, le ministre de la Défense a cependant exclu un renforcement du dispositif français. Même si le nouveau président américain Barack Obama, qui a fait du conflit afghan sa priorité et a annoncé l’envoi de troupes supplémentaires, demande aux Européens de participer à ce nouvel effort. La France, a rappelé Hervé Morin, « a déjà beaucoup fait en 2008 ». « Et puis, il y aurait une contradiction à dire que la solution ne peut pas être militaire tout en renforçant les troupes en même temps. »

 » La stratégie militaire française en Afghanistan

À Tora, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a patrouillé avec le colonel Perrin, qui commande les 830 hommes du bataillon français déployé dans la région de Kaboul. Crédits photo : AFP


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