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Hermann Simm, l’espion estonien qui a berné l’OTAN et l’UE

Olivier Truc, le Monde

samedi 3 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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L’Estonie s’en remet tout juste. Elle vient de découvrir la plus grosse affaire d’espionnage depuis son indépendance, en 1991, la seule même qui va donner lieu dans quelques mois à un procès. Des enquêteurs de plusieurs pays de l’OTAN sont dépêchés à Tallinn, inquiets de savoir comment Hermann Simm, haut fonctionnaire estonien au-dessus de tous soupçons, a pu berner tout le monde et surtout quels dommages il a pu causer en fournissant aux Russes les documents secrets qu’il était officiellement chargé de protéger.

Suspecté de haute trahison, Hermann Simm, arrêté le 21 septembre 2008 avec son épouse, relâchée le 5 novembre, était la "taupe" de rêve : de 2001 à 2006, il a été responsable de la mise en place de systèmes de protection des informations secrètes au ministère de la défense, après avoir été un temps directeur général de la police estonienne.

Pendant combien de temps a-t-il trahi ? Dix ans, peut-être plus. "Hermann Simm passait des informations classées à un officier des services russes de renseignements extérieurs (SVR) qui utilisait une fausse identité d’un pays de l’UE", explique sobrement Gerrit Mäesalu, porte-parole du procureur général. On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un certain "Jesus Suares", disparu dans la nature.

On n’ose imaginer le nombre de documents confidentiels de l’OTAN et de l’Union européenne, dont l’Estonie est membre depuis 2004, qui ont transité par ses mains. "Nous ne sommes pas très fiers de ça, mais aucun pays n’est protégé contre une trahison de ce type, déclare Aari Lemmik, porte-parole du ministère estonien de la défense. Il y a toujours un facteur humain."

C’est évidemment un espion à l’air bonhomme à qui l’on a affaire, au sourire franc, au regard clair, à la silhouette qui rassure. Dans ce pays de 1,5 million d’habitants au sentiment national souvent exacerbé, où un tiers de la population est constitué d’une minorité russophone longtemps suspecte, Simm, né en Estonie de parents estoniens, était donc classé parmi les "fiables". Son CV comportait pourtant une tache. Technicien formé au début des années 1970 à l’institut polytechnique de Tallinn (spécialité chimie), il avait également été diplômé de l’Académie du ministère de l’intérieur pour la milice en 1978. "C’est durant sa période à la milice qu’il a été recruté par le KGB, assure Risto Berendson, reporter au journal Postimees. Et il y a une dizaine d’années, les services d’espionnage russes ont commencé à le faire chanter. Comme Simm avait peur du scandale en Estonie, il n’avait pas d’option."

ANCIENS DU KGB

On ne sait pas encore comment il est passé au travers de la chasse aux anciens du KGB lancée dès l’indépendance dans cette ancienne république soviétique. En 1995, l’Estonie avait voté une loi demandant à ceux qui avaient collaboré avec le KGB de se signaler volontairement et confidentiellement. La loi prévoyait que les noms des récalcitrants seraient rendus publics. Plus d’un millier d’ex-agents s’étaient "confessés" et plus de 500 noms avaient été rendus publics. A la décharge des Estoniens, leurs archives, en grande partie évacuées à Moscou avant l’indépendance, étaient très incomplètes.

"Quand Hermann Simm était chef de la police estonienne, se rappelle Risto Berendson, il aimait être au centre de l’attention. Lorsqu’il allait aux parties d’anniversaire de ses amis, il arrivait avec un gilet pare-balles, il disait que quelqu’un voulait le tuer, poursuit-il. Tous ses anciens collègues et amis racontent combien il était étrange et adorait raconter des histoires d’espions. Quand l’affaire a éclaté, beaucoup de gens se sont demandé comment quelqu’un comme lui avait pu obtenir un tel poste."

A l’occasion, Simm faisait courir des bruits sur certains collègues, les présentant comme des éléments peu fiables, a témoigné Johannes Kert, un ancien commandant en chef des forces armées estoniennes, victime du procédé. Le magazine allemand Der Spiegel a aussi raconté que jusqu’en 2004, Simm aurait émargé auprès du BND, l’agence allemande de contre-espionnage, pour l’alimenter en informations sur les activités des renseignements russes dans les pays baltes et sur le crime organisé. Info ou intox ? Mystère pour l’instant.

Comme dans un bon vieux thriller des années de la guerre froide, Hermann Simm utilisait un transmetteur radio pour envoyer ses messages. Cet espion à l’ancienne, peut-être un peu nostalgique du passé, aurait agi plus par fascination pour le monde de l’espionnage et pour se sentir important que pour de l’argent.


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