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De la Haute-Silésie à Médine, l’itinéraire d’un "haut responsable d’Al-Qaida" arrêté en France

Piotr Smolar, le Figaro

lundi 5 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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Ses racines, Christian Ganczarski, 39 ans, les a arrachées il y a fort longtemps. Dans le confinement de sa cellule, à Fresnes (Val-de-Marne), il ne pense sans doute pas à elles. Se souvient-il encore, par-delà la brume de son engagement islamiste, de l’école qu’il fréquentait, enfant, en Haute-Silésie polonaise ? Ce fils d’Allemands, formaté par une éducation catholique très stricte, avait 9 ans lorsque ses parents décidèrent de s’installer à Mülheim, en Allemagne. C’était en 1976.

En avril 2003, Christian Ganczarski a été interpellé en Arabie saoudite, puis expulsé vers la France deux mois plus tard, grâce à une collaboration entre la CIA et la DGSE (direction générale des services extérieurs) au sein d’une structure commune baptisée "Alliance Base".

DES ÉTUDES CHAOTIQUES

Mis en examen pour l’attentat de la synagogue Ghriba de Djerba (Tunisie), qui avait fait 21 morts le 11 avril 2002, il a eu l’honneur, à son arrivée en France, d’être cité à l’Assemblée nationale. Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, l’avait présenté comme "un haut responsable d’Al-Qaida" , qui a été "proche d’Oussama Ben Laden" . Sollicitées dans le cadre de l’enquête française, les autorités judiciaires saoudiennes, elles, ont conclu en février qu’"aucune relation entre -Christian Ganczarski- et l’organisation Al-Qaida n’a pu être établie" . Néanmoins, l’Allemand symbolise, mieux que quiconque en Europe, le phénomène des convertis à un islam radical.

Qui est Christian Ganczarski ? Mieux vaut commencer par ce qu’il n’est plus, selon son propre récit. A Mülheim, à la fin des années 1970, où son père travaille comme tourneur et sa mère comme femme de ménage, le jeune homme fait des études chaotiques. Il passe deux ans à l’internat religieux de Duisbourg puis revient dans la ville de ses parents, où il n’obtient pas le diplôme d’études secondaires. A 20 ans, il devient émailleur. Dans son usine, à Krefeld, un collègue tunisien lui conseille de lire le Coran. Lui qui s’était désintéressé de la religion revient à la foi, une autre foi.

A cette époque, il rencontre Nicola, convertie aussi depuis peu, qu’il épouse en 1990. Christian Ganczarski quitte Krefeld en 1992 lorsqu’une proposition unique se présente : celle de partir étudier à l’Université des sciences islamiques à Médine, en Arabie saoudite.

A la fin de l’été, il prend l’avion avec sa femme et leur fille, âgée de 1 an, en direction de la "Terre sainte". Tout en suivant les cours, il se lance dans le commerce de voitures.

Au printemps 1994, il revient en Allemagne et intègre une société informatique. A partir de 1998, il choisit la précarité, alternant de courtes périodes de travail avec des séjours à l’étranger qui n’ont rien de touristiques.

Car Christian Ganczarski répond à l’appel du djihad. Son premier voyage en Afghanistan a lieu en août 1999. Il y retourne en décembre. Raison officielle, présentée aux policiers allemands quatre jours après l’attentat de Djerba : "Je voulais faire le commerce de pierres semi-précieuses." Aux policiers français, il dira : "Je voulais faire des affaires, j’ai rencontré des ministres talibans, je les ai mis en relation avec des entreprises ou des ONG présentes sur place."

Nouveau voyage en Afghanistan en février 2001, puis en août, juste avant le 11-Septembre. Entre-temps, il prend la direction de la Géorgie, via l’Azerbaïdjan. "Je voulais me rendre en Tchétchénie pour y soutenir le peuple tchétchène" , a-t-il expliqué aux policiers de la DST, en précisant qu’il avait été expulsé de Géorgie.

En Afghanistan, Christian Ganczarski se sent à l’aise. Il est précieux en tant que spécialiste de l’informatique et des télécommunications. Il croise Oussama Ben Laden et fait la connaissance de Khalid Sheikh Mohammed, le chef logistique d’Al-Qaida, chargé des opérations terroristes. C’est aussi en 2001 qu’il sympathise avec Nizar Naouar, futur auteur de l’attentat de Djerba. Il devient même son mentor.

Dans les heures précédant son opération kamikaze, Nizar Naouar a appelé deux hommes : Sheikh Mohammed et Christian Ganczarski. "La conversation -avec ce dernier- , totalement anodine, ne suffit pas à établir une complicité", souligne Me Sébastien Bono, son avocat.

INTERROGÉ EN ALLEMAGNE

Leur première rencontre a lieu dans une mosquée de Karachi, au Pakistan. Puis ils se retrouvent à Kandahar. Ils parlent de foi et de politique. Selon Christian Ganczarski, interrogé le 4 juin 2003 par la DST, le jeune Tunisien rêvait "de faire péter une bombe atomique" . Nizar Naouar préparait-il un attentat ? "Je ne sais pas, peut-être que oui ou non, mais plutôt oui" , a éludé l’Allemand.

Nizar Naouar et Christian Ganczarski ont quitté la zone pakistano-afghane à quelques heures d’intervalle, le premier le 4 septembre 2001, le second le lendemain. Six jours plus tard, New York était défigurée.

Après l’attentat de Djerba, le 11 avril, les policiers allemands arrêtent Christian Ganczarski. Ils l’interrogent longuement, puis le relâchent en août. La justice allemande n’a pas créé de filet aussi large que le chef d’"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", pratiqué en France, dont Christian Ganczarski fait l’expérience aujourd’hui.


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