dimanche 22 octobre 2017

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Voyager incognito avec Navigo : mission impossible

Laurent Suply, le Figaro

mardi 6 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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Une opération de « testing » menée par la Cnil montre que la RATP fait preuve de mauvaise volonté pour respecter l’une des libertés fondamentales de ses clients : voyager librement et anonymement.

« Aller et venir librement, anonymement, est l’une des libertés fondamentales dans nos démocraties », clamait la CNIL en août 2007, à l’annonce du lancement, sous sa pression, d’un passe Navigo anonyme pour les transports en commun. Cette liberté existe toujours, à condition de savoir qu’elle existe, d’être prêt à l’acheter, et de surmonter les réticences de la RATP.

Le Parisien fait en effet état mardi d’un rapport confidentiel de la Cnil, qui revient sur la mise en œuvre du passe « Navigo Découverte » par les autorités des transports franciliens. Selon le quotidien, le gendarme des libertés individuelles s’est livré à une opération de « testing » inédite et est loin d’être satisfait du résultat

Le passe Navigo, qui va récupérer les 2 millions d’utilisateurs de la carte orange à compter du 1er février, est un « système de billettique » fonctionnant grâce à une puce de transmission radio sans contact, dit RFID. Problème : cette petite puce est bourrée d’informations personnelles potentiellement sensibles à partir du moment où elles sont automatiquement rattachées au nom de l’abonné. On peut ainsi trouver dans la puce « la date, l’heure et lieu des trois dernières validations ». Plus encore, « les valideurs, tourniquets et portillons communiquent ces informations » en temps réel aux serveurs informatiques. Il est donc possible de savoir que vous êtes entré dans une bouche de métro du Xe arrondissement à 10h38, que vous avez pris une correspondance seize minutes plus tard pour sortir dans le XVIIe arrondissement après une demi-heure.

La RATP utilise ces informations pour détecter les fraudes et analyser les statistiques de déplacements à grande échelle. Mais la Cnil avait jugé que le risque était trop grand pour la vie privée et les libertés individuelles. « S’il appartient à la RATP de déterminer le choix des moyens propres à améliorer la qualité du service public dont elle a la charge, le choix de ces moyens ne doit pas conduire à priver les usagers de la possibilité d’utiliser un service de transport public de manière anonyme, s’ils le souhaitent », écrivait-elle en août 2004. « Le fait d’imposer un coût supplémentaire pour les usagers faisant le choix d’une carte télébillettique déclarative, sans recueil d’information sur le porteur de la carte, remettrait en cause la possibilité d’aller et venir anonymement », ajoutait-elle dans sa délibération.

Parcours du combattant

La commission a été entendue, mais à moitié seulement : la carte anonyme, nommée « Navigo Découverte » a bien été mise en place, mais coûte 5€ à l’usager alors que le Navigo classique est gratuit. Surcoût justifié par le Stif par le « souci de lutter contre le gaspillage ». Le Syndicat des transports d’Île de France ne veut pas qu’un « voyageur occasionnel puisse chaque fois qu’il en a besoin demander une nouvelle carte sans en supporter le coût ». Victoire à la Pyrrhus pour la Cnil, donc : « Bien que la Commission regrette la mise en service tardive et payante de ce passe Navigo « anonyme », elle ne peut que se réjouir de voir ses recommandations appliquées », jugeait-elle en 2007.

Mais à la liberté payante s’ajoute aujourd’hui un véritable parcours du combattant, selon le document que s’est procuré Le Parisien. Deux agents de la Cnil se sont fait passer pour des clients. Résultat : non seulement aucune publicité n’est faite pour le passe anonyme, mais lorsque le client en demande un expressément, « la moitié des guichets ont tenté de dissuader d’un tel achat, en allant même parfois jusqu’à donner un formulaire de passe Navigo classique ». De plus, sept stations sur vingt n’étaient tout simplement pas approvisionnées.

Sur le web, la situation est la même : difficile de trouver sur le site de la RATP le passe découverte. Et sous le titre « Deux passes : quelles différences ? », la RATP signale la différence de prix, mais aucunement le fait que Navigo Découverte est anonyme et que Navigo classique ne l’est pas. Pour l’utilisateur non averti, la formule Découverte semble donc totalement ubuesque sous cet angle.

Quant au site Navigo.fr, il ne fait tout simplement pas mention de la formule anonyme, et il est impossible d’en commander un en ligne, contrairement au passe classique.


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