dimanche 10 décembre 2017

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IERSE : "L’intelligence économique n’est pas encore entrée dans les moeurs des entreprises françaises"

Propos recueillis par Fabrice Pelosi, Capital.fr

vendredi 9 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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Capital.fr : En 2008, les fonds souverains ont débarqué en force dans le capital des entreprises occidentales. Faut-il s’en inquiéter ?

Eric Delbecque : Il faut du moins rester vigilant. En cherchant à maximiser leurs investissements, ces actionnaires de long terme influencent nécessairement la stratégie des entreprises occidentales sur lesquelles ils misent. Reste à savoir si ces fonds sont pilotés politiquement. Sur ce point, le mystère reste entier. Quoiqu’il en soit, leurs décisions sont avant tout guidées par une logique économique et financière. Par exemple, les fonds souverains des pays de l’Opep permettent à ces derniers de rentabiliser les revenus du pétrole en diversifiant leurs activités. Pour d’autres fonds, notamment chinois, l’entrée au capital de sociétés occidentales ouvre l’accès à de nouvelles technologies. Dans la guerre économique mondiale que se livre les économies émergentes et les pays développés, ces initiatives revêtent une portée stratégique considérable.

Capital.fr : La crise rejaillit sur les économies émergentes et fait baisser le prix des matières premières. Ce retournement va-t-il geler les ambitions des fonds souverains ?

Eric Delbecque : Compte tenu des énormes réserves de capitaux des pays émergents, rien n’empêche les fonds souverains d’augmenter leurs investissements en Occident et donc leur influence. A titre d’exemple, le nouveau fonds étatique chinois, China Investment Corporation (CIC), doté de 200 milliards de dollars, n’a pas arrêté d’investir malgré la perte latente sur son premier placement, Blackstone. Finalement, il y a deux alternatives : soit ces fonds vont être échaudés par leurs moins-values actuelles, soit ils vont profiter de la crise pour continuer leurs emplettes.

Capital.fr : Quels seront les secteurs de prédilection des fonds souverains en 2009 ?

Eric Delbecque : On peut supposer que les établissements financiers, qui ont recueillis l’essentiel des sommes investies en 2008, ne seront pas privilégiés par les fonds souverains cette année. Car les banques se tourneront la plupart vers les Etats pour se recapitaliser. A l’inverse, il est possible que les fonds s’intéressent à des producteurs de matières premières, à des grandes entreprises industrielles et aux technos.

Capital.fr : Quelle est la position des entreprises françaises vis-à-vis des problématiques de sécurité et d’intelligence économique ?

Eric Delbecque : Les entreprises françaises avancent malheureusement en ordre dispersé dans ces domaines. Bien sûr, les industries dîtes sensibles, comme l’armement ou le nucléaire, font d’importants efforts pour se protéger de l’espionnage industriel. Elles sont le fer de lance de la France en matière d’intelligence économique. Mais pour d’autres industries, pourtant tout aussi exposées à la concurrence internationale, les initiatives restent globalement insuffisantes.

Capital.fr : Pourquoi un tel fossé ?

Eric Delbecque : L’importance donnée à la sûreté et à l’intelligence économique dépend notamment de la conviction des dirigeants. Jean-François Dehecq a par exemple insufflé une réelle dynamique au sein du groupe lorsqu’il était à la tête de Sanofi Aventis. A l’inverse, certains chefs d’entreprise ont des a priori négatifs sur ces disciplines : coût très élevé, caractère contraignant et contre-productif. Pour eux cette activité n’est pas rentable. Or, la sûreté doit être vue comme une assurance qui protège les actifs de l’entreprise. Si un groupe se fait voler ses actifs, elle meurt.

Docteur en histoire, professeur d’intelligence économique et directeur de l’Institut d’Etudes et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises (IERSE), Eric Delbecque est l’auteur du livre "Quel patriotisme économique ?", paru en 2008 aux éditions PUF. Répondant à nos questions, il décrypte le retour en force des fonds souverains et dresse un tableau contrasté des efforts des entreprises françaises pour se protéger de l’espionnage industriel.


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