vendredi 15 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Anatoli Gourévitch, ancien espion soviétique

Anatoli Gourévitch, ancien espion soviétique

Thomas Wieder, le Monde

mardi 13 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

logo

Ancien membre de l’Orchestre rouge, le célèbre réseau de renseignement qui opéra dans l’Europe occupée pendant la seconde guerre mondiale, l’ancien espion soviétique Anatoli Markovitch Gourévitch est mort vendredi 2 janvier à Saint-Pétersbourg. Il avait 95 ans.

Né le 7 novembre 1913 de parents pharmaciens, le jeune homme commence à travailler comme ouvrier dans une usine de métallurgie avant de rejoindre, à l’âge de 20 ans, l’état-major de la défense anti-aérienne (DCA) de Leningrad. En 1937, il est envoyé en Espagne avec un petit groupe de "volontaires" soviétiques afin d’y soutenir les républicains contre les partisans du général Franco. Nommé aide de camp à bord d’un sous-marin, puis affecté à l’état-major de Barcelone, il combat ensuite sur le front. C’est à son retour en URSS, à l’automne 1938, qu’il rejoint le Bureau central de renseignement de l’Armée rouge (GRU). Autrement dit que commence sa vie d’agent secret.

Les années qui suivent sont dignes d’un film d’espionnage. Muni d’un passeport uruguayen, Anatoli Gourévitch - "Kent" dans la clandestinité - est d’abord chargé d’ouvrir en Suède la filiale d’une firme belge spécialisée dans la fabrication de produits en caoutchouc puis, au début de la guerre, de créer à Bruxelles une société d’import-export.

Il devient alors l’un des rouages essentiels d’un vaste réseau de renseignement qui a des ramifications en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et en Scandinavie. Et travaille en étroite relation - mais non sans heurts - avec celui que l’on surnomme "Otto" ou "Grand Chef" à l’intérieur de l’organisation, le Polonais Leopold Trepper (1904-1982), auquel Claude Brasseur prêtera ses traits en 1989 dans l’adaptation cinématographique du livre de Gilles Perrault, L’Orchestre rouge (Fayard, 1967), Gourévitch étant dans le film incarné par Martin Lamotte.

En danger à Bruxelles, où plusieurs membres du réseau ont été démasqués après l’entrée de la Wehrmacht en Belgique, Anatoli Gourévitch rejoint Marseille début 1942. Mais son sursis est de courte durée. Le 9 novembre 1942, deux jours avant l’invasion de la zone sud par les Allemands, il est arrêté par la police de Vichy, puis remis à la Gestapo. Après des semaines de mutisme, il décide de feindre de collaborer avec ses geôliers. Cette attitude lui permet de bénéficier d’un traitement de faveur. Logé à Neuilly-sur-Seine dans une villa réquisitionnée par l’occupant, il travaille la journée au siège parisien de la Gestapo, rue des Saussaies, avec pour mission d’envoyer à Moscou de faux messages codés. En réalité, il continue en sous-main à renseigner les Soviétiques, parvenant à "retourner" un officier de la Gestapo.

RÉHABILITATION OFFICIELLE

Ce double jeu vaudra à Anatoli Gourévitch, comme à d’autres membres de l’Orchestre rouge, d’être inculpé pour haute trahison dès son retour en URSS, en juin 1945. Selon lui, pourtant, la vraie raison de ses ennuis était ailleurs. "Il fallait en réalité nous éliminer pour qu’on ne puisse pas témoigner sur l’incompétence de nos supérieurs (...) qui n’avaient pas cru à l’invasion allemande (de l’URSS, en juin 1941) malgré tous les renseignements recueillis par nos réseaux", expliquera-t-il dans ses Mémoires (Un certain M. Kent, Grasset, 1995).

Condamné en 1947 à vingt ans de détention en camp de "redressement par le travail", l’ancien espion sera finalement libéré à la fin des années 1950. Il devra toutefois attendre juillet 1991, quelques mois avant l’effondrement du régime soviétique, pour obtenir de son pays la réhabilitation officielle qu’il n’avait cessée de réclamer pendant trois décennies. C’est seulement à cette époque, à la veille de ses 80 ans, qu’il retrouvera la trace de son fils, né à Neuilly pendant la guerre, dont il avait été sans nouvelles pendant près d’un demi-siècle.

Dates clés

- 7 novembre 1913 : Naissance à Kharkov (aujourd’hui en Ukraine).
- 1938 : Rejoint les services de renseignement de l’Armée rouge.
- 2 janvier 2009 : Mort à Saint-Pétersbourg.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :