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L’ombre de Ben Laden s’abat sur Obama

Patrick Sabatier, Le Point.fr

mercredi 14 janvier 2009, sélectionné par Spyworld

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En diffusant sur As-Sahab, site d’information d’al-Qaeda, son premier message radiophonique - si sa voix est authentifiée - depuis mai 2008, Oussama ben Laden n’a pas seulement appelé au "djihad pour contrer l’offensive israélienne à Gaza". Il s’est aussi et peut-être surtout rappelé au bon souvenir du futur président des États-Unis, Barack Obama, à une semaine de l’investiture de ce dernier, le 20 janvier. Il a du même coup fait monter d’un cran la tension à Washington, en même temps que le débat en cours autour de la politique de lutte contre le terrorisme islamiste et de l’attitude face à l’héritage que lui laisse son prédécesseur, George W. Bush.

À une semaine de la passation de pouvoir, le président en exercice a proclamé mardi l’"état d’urgence" dans la capitale fédérale. Pure formalité administrative a assuré la Maison-Blanche, dont le seul but est de permettre le déblocage de crédits supplémentaires pour couvrir des dépenses de sécurité estimées à (au moins) 28 millions de dollars sur les quatre jours de festivités qui accompagneront la cérémonie d’investiture d’Obama le 20 janvier. Le même jour, les responsables de la sécurité des deux administrations, celle de Bush sur le départ et celle d’Obama qui arrive, ont passé toute la journée enfermés à la Maison-Blanche à participer à des "jeux de guerre", dont le thème était des attentats terroristes simultanés en plusieurs points du territoire américain, et comment y réagir. Les responsables du Conseil de Sécurité nationale, Stephen Hadley (pour Bush) et le général James Jones (pour Obama), de même que ceux chargés du contre-terrorisme travaillent depuis plusieurs jours de concert au quotidien.

Certes, le secrétaire à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, a affirmé la semaine dernière au Wall Street Journal qu’il n’existe "aucun indice crédible d’une menace quelconque sur les cérémonies" et qu’il est "aussi confiant qu’on peut l’être dans ce domaine". Il n’en reste pas moins que le dispositif de sécurité qui a été mis en place pour le 20 janvier est "le plus important qu’on n’a jamais vu" dans la capitale, selon le Washington Post . Plus de 13.000 policiers, militaires et membres des services de sécurité, coordonnés par le Secret Service, ont été placés sur le pied de guerre, et le centre de la capitale a déjà été transformé en camp retranché - en particulier aux approches de la Maison-Blanche et de l’hôtel Hay-Adams, proche de la résidence présidentielle, où la famille Obama s’est installée jusqu’au 20 janvier.

La cérémonie d’investiture, une potentielle cible

Le risque principal, selon un rapport des responsables de la sécurité qui a fuité, n’est pourtant pas l’attaque d’un ou de kamikazes islamistes, mais "l’action d’un individu isolé fabriquant un engin artisanal ou amenant une arme" sur le Mall, où on attend entre un et deux millions de personnes, et sur le parcours du défilé qui ira du Capitole à la Maison-Blanche en descendant Pennsylvania Avenue. La menace peut venir, estime le même rapport, d’"un individu appartenant à la frange extrémiste du mouvement pour la suprématie blanche", c’est-à-dire d’un raciste déterminé à ne pas laisser passer sans problèmes l’accession au pouvoir du premier dirigeant de couleur à la présidence.

Officiellement, le porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe, a minimisé mercredi matin la menace que font peser les terroristes islamistes sur Washington. Le message de Ben Laden, a-t-il expliqué, ne vise qu’à "rompre l’isolement qui est le sien. Il s’efforce de rester sur le devant de la scène alors que l’idéologie et le programme d’al-Qaeda sont rejetés et contrés partout dans le monde". Le chef d’al-Qaeda a pourtant pour la première fois fait référence, sans le nommer, à Obama, expliquant que ce dernier "doit assumer un lourd héritage" et qu’il n’a le choix qu’entre "mettre fin à la guerre, ce qui signifie une défaite militaire, ou la poursuivre, ce qui le fera sombrer dans la crise" économique et financière. Son second, Ayman al-Zawahiri a de son côté fait savoir qu’il ne voit pas en Obama une rupture avec Bush, et l’a accusé la semaine dernière de "complicité" dans l’offensive d’Israël à Gaza.

La cérémonie d’investiture du 20 janvier représente en fait une "cible de très haute valeur" pour les terroristes islamistes, et encore davantage dans le contexte de ce qui se passe à Gaza, reconnaissent des experts du terrorisme. Les capacités organisationnelles d’al-Qaeda, selon les mêmes experts, ont, certes, beaucoup diminué. C’est que la "guerre au terrorisme" lancée par Bush depuis le 11 septembre 2001 lui a porté des coups sévères, ce qui permet à Bush, et à son vice-président Dick Cheney, de revendiquer un bilan fondamentalement positif pour leurs huit années au pouvoir. Il ne fait aucun doute, argumentent-ils, que leur action déterminée contre le terrorisme islamiste a permis à l’Amérique de parer de nouveaux attentats d’al-Qaeda. Ils enjoignent par conséquent au futur président de poursuivre sur la voie qu’ils ont tracée. "Avant d’appliquer ses promesses électorales, je lui conseille d’examiner soigneusement ce que nous avons fait, et comment, car cela sera vital pour protéger le pays dans les années à venir", a par exemple déclaré le vice-président Cheney.

Pragmatisme à l’épreuve

Et c’est bien là un des embarras d’Obama. Sa victoire a été portée par un rejet de la "guerre au terrorisme" lancée par le tandem Bush-Cheney. Une guerre qui a été menée au prix de la détention indéfinie de suspects sans jugement, de l’usage de techniques d’interrogatoire qui correspondent bien à la définition de la torture, de la création de prisons (Guantanamo au premier chef) hors la loi américaine et internationale, et de l’extension des mesures de surveillance et d’écoutes électroniques des individus, sans trop de regards pour la Constitution ou le respect des libertés individuelles, en vertu du principe qu’en matière de lutte contre le terrorisme, la fin justifie les moyens. Les partisans du président élu attendent d’Obama qu’il abandonne cet arsenal. Les plus radicaux d’entre eux le poussent même à engager des poursuites judiciaires contre Bush, Cheney et les responsables de leur administration ou des services secrets, accusés d’avoir commis des crimes.

Barack Obama ne semble pas du tout disposé à le faire, au grand dam de la gauche de son parti. Dimanche, interrogé sur ABC par George Stephanopoulos, il a clairement fait savoir que "pour ce qui est des questions de sécurité nationale, il faut regarder vers l’avenir, et non ressasser le passé". Il a même déclaré qu’il suivrait le conseil du vice-président Cheney et réévaluait soigneusement la politique de lutte contre le terrorisme de Bush avant de la modifier. S’il a répété sa condamnation de la torture, il est beaucoup moins net sur sa volonté de mettre fin aux écoutes électroniques aux États-Unis. Installé dans le Bureau ovale, désormais confronté directement à Ben Laden et à ses semblables, Obama n’a visiblement aucune intention de baisser la garde, même s’il doit décevoir une bonne partie de ceux qui ont voté pour lui. Sur la question de Guantanamo par exemple, il a réitéré dimanche sa promesse d’en ordonner la fermeture dès son entrée à la Maison-Blanche, mais il a aussitôt prévenu que cette fermeture n’était pas pour demain. Elle prendra au moins un an, car "c’est un problème plus compliqué que ce que la plupart des gens croient", a-t-il reconnu, ajoutant : "Il y a là-bas des tas de détenus dont certains peuvent être très dangereux..."

Le message de Ben Laden va sans doute accélérer la conversion du très pragmatique 44e président aux nécessités brutales d’une lutte antiterroriste qui entre parfois en conflit avec les principes et les idéaux moraux de la démocratie.


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1 Message

  • L’ombre de Ben Laden s’abat sur Obama 19 janvier 2009 12:47, par jean baptiste

    ben ç est simple obama va gèrer la defaite humiliante de bush mais il va gèrer ça avec des poches vides on peut dire que benladen les a battu a plate couture.