lundi 18 décembre 2017

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Un grand de la publicité accusé d’espionnage

Eric Decouty, le Figaro

samedi 29 octobre 2005, sélectionné par Spyworld

Sur ordre de sa direction, la société Aegis, numéro un de l’achat d’espaces, aurait violé les ordinateurs de plusieurs de ses salariés.

La société Aegis Media France, le numéro un de l’achat d’espace publicitaire, est accusée d’avoir couvert, en 2004, une vaste opération de surveillance informatique de plusieurs de ses salariés. Des boîtes e-mails et des fichiers d’ordinateurs auraient notamment été visités et copiés sur ordre de la direction de la société.

Saisi par un ancien haut cadre de la société, le tribunal correctionnel de Nanterre vient de décider de juger cette affaire en « citation directe », le 9 mai prochain. La justice devra déterminer, lors d’une audience publique, les motifs et les objets de cet espionnage présumé dans un groupe en proie depuis deux ans à de très fortes tensions internes.

L’histoire remonte à l’été 2004. Selon plusieurs salariés d’Aegis - anciennement dénommé Carat - la direction juridique du groupe aurait demandé « un contrôle interne des courriers électroniques » de Georges Chryssostalis, conseiller du président de l’époque Eryk Rebbouh. Le but avoué est alors de vérifier « s’il y a eu des échanges avec des concurrents » de la société. Impossibles à réaliser en interne, ces opérations de surveillance auraient finalement été confiées à des « informaticiens de la société KPMG », d’après les témoignages cités devant la justice.

Opérations de copies de boites e-mails

Dans le courant du mois d’octobre, l’ordinateur de Georges Chryssostalis, dans son bureau à Courbevoie (Hauts-de-Seine), aurait été à nouveau visité. Mais ce haut cadre d’Aegis Media France n’aurait pas été le seul visé par ces discrètes descentes. Selon les éléments fournis aux juges de Nanterre, « dans les nuits des vendredis 15 et 29 octobre 2004, des opérations de copies des boîtes e-mails, des fichiers de répertoires informatiques et des disques durs personnels d’une vingtaine d’employés de la société auraient été effectuées en leur absence par des experts de la société Celog en présence d’un certain nombre d’huissiers, d’avocats et de salariés du groupe Carat », dont la directrice juridique du groupe. Les informations ainsi collectées auraient été stockées en dehors d’Aegis mais pour le compte de cette société.

Durant plusieurs mois des techniciens extérieurs auraient donc fouillé les ordinateurs de nombreux responsables du leader français de l’achat d’espace publicitaire. Philippe Bourguignon, président d’Aegis Media France au moment des faits, est directement cité comme un des ordonnateurs de cette surveillance avec Eleonore Sauerwein, directrice juridique du groupe.

Au moment des faits présumés, Aegis traversait une forte crise. Le groupe, qui compte 10 000 salariés et un million d’euros de revenus, vivait alors une rupture historique avec le départ des dirigeants historiques Eryk Rebbouh et Bruno Kemoun. Les deux hommes venaient de fonder une société - dénommée KR Medias - concurrente d’Aegis en emmenant au passage de gros clients, notamment LVMH.

Sollicités par Le Figaro, l’avocat d’Aegis, Me Eric Dezueuze, n’a pas souhaité faire de commentaires sur la procédure en cours ; pas plus que Eleonore Sauerwein, la directrice juridique d’Aegis Media France.

Dans l’entourage du leader de l’achat d’espace on laisse cependant entendre que lors de l’audience devant le tribunal correctionnel, des documents pourraient être fournis à la justice susceptible de justifier cet espionnage interne.

Règlements de comptes internes

En attendant cette histoire intervient à un moment particulièrement agité de l’histoire de la société. L’homme d’affaires Vincent Bolloré est en effet devenu le principal actionnaire d’Aegis avec plus de 20% du capital. Si le nouveau patron de Havas n’a pas encore pris les pouvoirs au sein du groupe, celui-ci déjà se réorganise, le départ de Philippe Bourguignon étant acquis.

Dans un contexte de manoeuvres, manipulations et règlements de comptes internes, il incombera au tribunal correctionnel de Nanterre d’établir la réalité des faits et de prononcer d’éventuelles sanctions. Les parties ont six mois pour se préparer à une audience publique.


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