vendredi 20 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > La Finlande va autoriser les entreprises à surveiller les courriels de (...)

La Finlande va autoriser les entreprises à surveiller les courriels de leurs salariés

Olivier Truc, le Monde

jeudi 5 février 2009, sélectionné par Spyworld

logo

Le géant finlandais des téléphones mobiles Nokia a dû démentir vigoureusement : contrairement à ce qu’a écrit le quotidien Helsingin Sanomat, le principal journal du pays, Nokia n’a pas du tout menacé le gouvernement finlandais de quitter le pays si la loi sur la surveillance électronique n’était pas votée dans les semaines à venir, a affirmé, lundi 2 février, le porte-parole du groupe, Arja Suominen.

Ce projet de loi, qui permet aux entreprises de surveiller le courrier électronique de leurs employés, est censé lutter contre les fuites liées à l’espionnage industriel. Mais les dénégations de Nokia (16 000 employés en Finlande, 1,3 milliard d’euros de recettes fiscales, 4 % du PIB, 20 % des exportations) n’y font rien. Pour de nombreux Finlandais, le projet de loi baptisé "lex Nokia" est une atteinte à la vie privée. Une manifestation de protestation était prévue jeudi 5 février, devant le Parlement, à Helsinki.

L’histoire prend sa source dans plusieurs affaires de fuites qui ont secoué Nokia ces dernières années. En 2000 et 2001, le fabricant avait déjà surveillé les échanges de courriels entre certains de ses employés et une autre compagnie finlandaise. A l’époque, deux policiers du Bureau national d’investigation avaient travaillé sur l’affaire. Plus tard, un procureur avait critiqué Nokia et les policiers pour avoir outrepassé leurs droits en examinant les courriels.

UNE LOI POUR ÉVITER LES FUITES

Dans une autre affaire, en 2005, un représentant de Nokia avait remarqué, lors d’un salon, des similitudes troublantes entre une station de base Huawei et une innovation Nokia qui devait être lancée au même moment. Nokia enquêta et découvrit que l’un des ordinateurs maison avait communiqué 69 fois avec la compagnie chinoise concurrente. Cette enquête franchissait toutefois la limite de la légalité car la loi finlandaise ne permet pas à une compagnie privée d’examiner les paramètres des courriels, tels l’expéditeur ou le destinataire, même en cas de soupçon de fuite. Quelques mois plus tard, Nokia avait demandé l’aide du Bureau national d’investigation. Mais au lieu de traquer l’espion, la police avait commencé par s’assurer que Nokia n’avait pas enfreint les règles. Et l’arroseur fut arrosé. Finalement, Nokia renonça à faire appel à la police.

Mais, depuis, les besoins d’une loi permettant de lutter plus efficacement contre les risques de fuite ont figuré à l’agenda des compagnies. Selon le quotidien Helsingin Sanomat, c’est après cette seconde affaire que Nokia aurait commencé à faire pression sur le gouvernement pour qu’une loi soit enfin votée. Selon le projet, les entreprises pourraient lire les paramètres d’un courriel, mais pas son contenu lui-même. "Le monde de l’entreprise et Nokia pensent qu’il est important de protéger nos secrets industriels. C’est un souci (...) tout à fait public", a fait valoir Arja Suominen. Le premier ministre centriste Matti Vanhanen a fait valoir que la Finlande n’avait pas les moyens d’avoir une position naïve vis-à-vis de l’espionnage industriel. Le bien-être des Finlandais est en grande partie dépendant de la connaissance et des innovations, a-t-il souligné.

"Mais au lieu de voter une loi qui permettrait à la police d’effectivement enrayer les agissements illégaux, on va se retrouver avec une loi qui donne aux compagnies privées ou à des institutions les mêmes possibilités d’enquêter sur les utilisateurs des messageries", déclare Tero Tilius, l’un des organisateurs de la campagne qui avait réussi à faire repousser le projet de loi une première fois en 2006. "En simplifiant, les compagnies pourront faire le travail de la police. Cela va complètement à l’encontre des principes de justice en vigueur dans notre pays", ajoute-t-il.

Le projet de loi sera examiné par le Parlement dans les semaines à venir et devrait, selon toute vraisemblance, être voté par une majorité confortable.

La Deutsche Bahn a espionné ses employés

Le fougueux patron de la Deutsche Bahn (DB), Hartmut Mehdorn, est très critiqué depuis la révélation d’un vaste scandale d’espionnage au sein de son entreprise. Mercredi 4 février, la compagnie allemande des chemins de fer a reconnu avoir consulté secrètement, en 2005, les données privées de 173 000 salariés, soit près des trois quarts de son personnel. Plus tôt dans la semaine, la DB avait déjà avoué avoir mené des opérations similaires en 2002 et 2003. L’objectif, selon la direction : lutter contre la corruption. L’entreprise a ainsi tenté de comparer des données de ses employés avec celles de fournisseurs pour repérer d’éventuelles sociétés écrans dissimulant le versement de pots-de-vin. Le patron de la Bahn a reconnu avoir "fait du zèle", tout en assurant que sa conduite était inattaquable d’un point de vue juridique. "M. Mehdorn devrait peut-être commencer à se chercher un autre travail", a estimé Dieter Wiefelspütz, député social-démocrate (SPD), spécialiste des questions de politique intérieure. (Corresp.)


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :