mercredi 23 juillet 2014

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L’utilisation commerciale de données sur les clients de la RATP est contestée

Eric Nunès, le Monde

jeudi 5 février 2009, sélectionné par Spyworld

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L’installation de quatre écrans publicitaires à affichage à cristaux liquides à la station de RER Charles-de-Gaulle-Etoile à Paris par la régie publicitaire de la RATP (Metrobus) fait débat. Ces panneaux (1,6 mètre de haut) peuvent accueillir les messages de plusieurs annonceurs, diffuser de la vidéo, compter le nombre de personnes qui passent à proximité et mesurer le temps qu’elles passent à les scruter. Ils sont dotés d’une connexion Bluetooth – système de transmission sans fil – susceptible de transférer aux passants des messages publicitaires sur leur téléphone mobile.

Norbert Maire, directeur de l’innovation de Metrobus, se félicite de "l’engouement des annonceurs pour ces espaces" qui provoquent aussi l’émoi de certains. "C’est orwellien, juge la députée Verte Martine Billard, la RATP utilise le réseau de transport public pour vendre les usagers à des sociétés de publicité." "Ce n’est pas son rôle", poursuit l’élue, qui questionnera le gouvernement sur ce point le 17 février à l’Assemblée nationale.

Quatre associations – Robin des toits, Résistance à l’agression publicitaire, Souriez vous êtes filmés et Big Brother Awards – dénoncent un nouveau système de vidéosurveillance et préparent un référé auprès du tribunal administratif pour faire cesser la mise en place des écrans. "Il n’existe aucun flux vidéo, aucun enregistrement, répond M. Maire. Notre activité ne rentre pas dans le champ de la loi sur la vidéosurveillance." Dans ce contexte, une centaine de ces écrans devraient être disposés en Ile-de-France d’ici à juin 2009 et 1 900 au total à la fin 2010 sur les réseaux SNCF et RATP.

REMONTRANCES DE LA CNIL

Cette polémique surgit au moment où un autre outil est généralisé par la RATP. Depuis le 31 janvier, la carte Orange et son coupon magnétique ont disparu au profit du passe Navigo, doté de la technologie RFID pour radio fréquence-identification – une carte à puce peut "communiquer" avec les bornes disposées à l’entrée du métro ou d’un bus. Pour se procurer ce passe, les usagers doivent livrer à la RATP des données personnelles utilisées a des fins "commerciales et de prospection", précisent les conditions générales d’utilisation. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a rappelé qu’"aller et venir librement, circuler anonymement relève des libertés fondamentales" et a invité la RATP à créer un passe anonyme.

En septembre 2007 est donc né le passe Découverte, "dont les données de validation ne sont pas associées à un numéro d’abonné, ce qui le rend anonyme", assure la CNIL. Mais la mise à disposition de ce nouveau passe laisserait à désirer. La CNIL estime "médiocres, voire dissuasifs" les efforts des agents de la RATP pour le commercialiser. La régie indique que depuis ces remontrances, des efforts ont été entrepris. Reste que le site Internet dédié à Navigo ne fait toujours pas mention de l’existence d’un passe anonyme.

(L’article ci-dessus est la version enrichie d’un article qui aurait dû être publié le 29 janvier dans Direct Matin, contrôlé par le groupe Bolloré et dont Le Monde est actionnaire minoritaire. Au dernier moment, la direction de ce quotidien gratuit, notamment distribué dans le métro parisien, avait décidé de le remplacer par une page de publicité.)


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