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Les entreprises britanniques sous une vague d’OPA ignorent le "patriotisme" protectionniste

Marc Roche, le Monde

mercredi 2 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Acoups d’euros, de dollars, de yens, les groupes étrangers semblent faire main basse sur l’économie britannique. L’opérateur de téléphonie mobile O2 va être racheté par l’espagnol Telefonica, le fabricant de verre Pilkington est convoité par le japonais Nippon Sheet Glass, le transporteur et opérateur portuaire P & O a été approché par son rival de Dubaï, DP World.

S’ajoutent des rumeurs de fusions entourant le groupe de construction Mowlem, l’entreprise de restauration collective Compass, le fonds d’investissement Amvescap et le groupe d’achat d’espace Aegis. La plus connue des firmes britanniques faisant actuellement la cible d’une offre publique d’achat (OPA) étrangère n’est autre que la Bourse de Londres, le London Stock Exchange.

Les mouvements autour de ces enseignes font suite à une première vague de mégafusions et acquisitions survenues ces derniers mois.

La banque Abbey National a ainsi été reprise par l’espagnole Banco Santander Central Hispano, le groupe d’alcools Allied Domecq a été cédé au français Pernod Ricard, le constructeur automobile Rover est désormais aux mains du chinois Nanjing et l’équipementier en télécommunications Marconi appartient au suédois Ericsson. Si on remonte deux décennies en arrière, la liste est très longue des abandons et cessions consentis, en particulier dans l’industrie du luxe, la banque, l’énergie et les télécommunications.

Deux chiffres attestent l’accélération de cette mainmise des investisseurs extérieurs. Aujourd’hui, ils possèdent un tiers des 100 premières compagnies britanniques en termes de capitalisation boursière. Un quart seulement des 347 établissements financiers agréés peuvent se targuer d’avoir une majorité de capitaux britanniques.

Royaume-Uni envahi ? Patrimoine industriel bradé ? Pour les pouvoirs publics, pas question d’invoquer un quelconque "secteur stratégique" ou la "préservation de l’intérêt national" . Il ne s’est pas trouvé un seul parlementaire pour réclamer la réciprocité en matière d’ouverture des marchés extérieurs.

Trois facteurs expliquent pareille indifférence. L’effet bénéfique des investissements étrangers au Royaume-Uni, directs ou via les fusions-acquisitions, est indiscutable. "En Grande-Bretagne, la nationalité du propriétaire n’a pas d’importance, assure Simon Perry, associé au bureau comptable Ernst & Young. Tant que les étrangers créent de l’emploi et du capital, il n’y a rien à redire. Sans ces investissements, notre taux de croissance serait moins rapide."

PLUS QUE JAMAIS SÉDUISANT

Deuxième élément : les investissements étrangers ne subissent aucune contrainte de la part des autorités. Les députés représentant des circonscriptions bénéficiaires des investissements dans l’industrie (Nord-Ouest, Ecosse, pays de Galles) ou dans les services (Sud-Est), constituent un redoutable groupe de pression, respectivement au Labour et chez les tories.

Quant aux syndicats, fortement affaiblis, ils ont tendance à soutenir les OPA tant qu’elles sont amicales, en particulier lorsqu’elles proviennent d’Européens ou de Japonais à la fibre plus sociale que celle des patrons anglais.

Troisième raison : aux yeux des investisseurs institutionnels, vrais détenteurs du pouvoir dans les sociétés cotées, la valorisation prime sur la nationalité.

En dépit d’une faible productivité de sa main-d’oeuvre et du capital ainsi que de l’augmentation de la réglementation, malgré la non-participation à la zone euro, le modèle social britannique (licenciements aisés, limitation du droit de grève, cotisations patronales et impôts bas) séduit plus que jamais les investisseurs.

La langue anglaise, le recours aux normes comptables anglo-saxonnes, la présence à Londres (première place financière européenne) du siège international des banques d’affaires, principaux moteurs de ce vaste Monopoly industriel et financier, sont autant d’avantages. Sans parler de la position de passerelle entre l’Europe et les Etats-Unis.

Un nouveau capitalisme britannique est né. Deux piliers le soutiennent. D’une part, les forteresses solides toujours indépendantes (la défense, la distribution, la pharmacie, la mécanique) qui s’exportent à l’étranger, en particulier en Amérique du Nord et en Europe. D’autre part, les investissements étrangers.

Tantôt miroir, tantôt laboratoire des mutations économiques, le modèle anglais donne là, peut-être, la mesure d’une réponse au défi de la mondialisation.


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