lundi 11 décembre 2017

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Lobbying : panique à la Commission européenne

Pierre Avril, le Figaro

samedi 14 février 2009, sélectionné par Spyworld

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Douze sociétés « douteuses » sont inscrites sur la liste officielle des groupes de pression de l’institution.

Il règne un climat de paranoïa à la commission européenne depuis la découverte, la semaine dernière, d’une opération de piratage du registre d’enregistrement des lobbyistes à Bruxelles. Une mystérieuse société financière britannique, baptisée Fare Banks Ltd s’est inscrite, le plus simplement du monde, sur la liste des multiples groupes de pression opérant au sein du quartier européen.

Sur sa fiche d’identité, le cabinet en question affirme réaliser 250 millions d’euros de chiffres d’affaires, un revenu quarante fois supérieur à celui des plus gros cabinets de la place, comme Hill & Knowlton ! Son patron a tout l’air d’être un faux nez cachant un politicien italien, proche de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. Le personnage en question, Gennaro Ruggiero, fantaisiste et hâbleur, est également lié à une douzaine d’ONG, également inscrites dans le fichier bruxellois. Ce qui permet à ces dernières d’être associées à l’élaboration des lois.

Radiations envisagées

Pour cette institution européenne, qui s’est longtemps flattée d’être une maison de verre, l’affaire fait désordre. La mise sur pied, le 23 juin dernier, de cette banque d’enregistrement des lobbyistes, qui fonctionne sur une base volontaire, avait pour but d’accroître la transparence, au sein d’une profession dont les méthodes restent opaques. En s’enregistrant sur la liste, les groupes de pression doivent notamment « veiller à ne pas obtenir ou chercher malhonnêtement des informations, et ne pas inciter le personnel européen à enfreindre les normes de comportement qui leur sont applicables ». Mais aujourd’hui, « le fait que douze sociétés douteuses puissent ainsi figurer sur ce registre, décrédibilise la démarche et met en lumière l’absence de contrôle de la part de la commission » , critique Erik Wesselius, représentant d’Alter EU, une ONG spécialisée dans la surveillance des lobbys bruxellois.

Bruxelles a attendu de recevoir deux plaintes extérieures pour enquêter sur cette société britannique. « S’il est avéré que des règles ont été violées, ces lobbies pourraient être radiés », affirme Valérie Rampi, porte-parole à la commission, qui encourage les journalistes et les eurocrates à dénoncer les brebis galeuses. Dans le passé, plusieurs agences, dont G plus, qui défend notamment les intérêts du Kremlin, avaient été temporairement suspendues. Et progressivement, la commission prend conscience des effets pervers d’une politique libérale. Récemment, dans une note interne, elle a mis en garde ses services contre « la montée des activités d’espionnage » en son sein, visant à obtenir des « informations sensibles et classées ».

Autant d’activités susceptibles, selon elles, d’être conduites par des journalistes, des agences de relations publiques ou des lobbys. Même le parlement européen, où l’inscription au registre des lobbyistes permet un libre accès à ses bâtiments, découvre sa propre fragilité, physique cette fois. Les mesures de sécurité y sont plus lâches qu’à la commission. Jeudi, des malfaiteurs ont pénétré tranquillement dans les murs, braqué une banque ING située en plein cœur de l’enceinte, avant de repartir. En plein jour.


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