vendredi 15 décembre 2017

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La CIA délocalise ses prisons pour la lutte antiterroriste

Pascal Riche, Libération

jeudi 3 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Des « sites noirs » seraient installés dans des pays d’Europe de l’Est.

Dans le jargon des services de renseignement, on les appelle les « sites noirs » : un réseau de prisons secrètes, créé par la CIA dans huit pays étrangers différents, pour interroger des suspects dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Hier, le Washington Post leur a consacré une longue enquête. L’auteur de l’article, Dana Priest, révèle que plusieurs de ces prisons se trouvent dans des pays d’Europe de l’Est. Elle s’est engagée à ne pas révéler l’identité de ces pays, à la demande de responsables américains. Ces pays sont des démocraties, indique cependant le quotidien, et la présence de ces prisons sur leur sol est illégale selon leur propre droit. Les pays d’Europe de l’Est qui ont engagé des troupes en Irak aux côtés des Américains sont les premiers à venir à l’esprit (Hongrie, Roumanie, Pologne, Bulgarie).

Amnesty International et d’autres organisations humanitaires avaient déjà recueilli les témoignages d’anciens prisonniers, qui évoquaient leur détention dans de tels centres (Libération du 17 mars). Le Washington Post explique que ce réseau de prisons a été décidé dans l’urgence, dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, alors que tout le monde s’attendait à une nouvelle attaque d’Al-Qaeda. Mais depuis deux ans, un débat fait rage à l’intérieur de la CIA sur la « légalité », la « moralité » et même l’efficacité de telles prisons. Les détenus n’y ont aucun droit, et peuvent rester à vie dans de tels lieux.

Interrogatoire renforcé. Officiellement, la CIA n’a jamais reconnu l’existence de ces prisons secrètes, se bornant à assurer qu’elle ne pratiquait pas la torture. Il semble en revanche qu’elle applique dans ces centres les « techniques d’interrogatoire renforcé », un euphémisme pour évoquer divers sévices (musique à haut volume, privation de sommeil, menace de noyade, etc.).

Selon l’estimation du Washington Post, plus de 100 prisonniers auraient été transférés dans de tels centres (hors Irak). Ces prisons sont sous l’autorité du service action de la CIA. Elles ont été possibles après un feu vert donné à l’Agence par le président Bush, une semaine après le 11 septembre 2001, donnant à la CIA l’autorisation de tuer, de capturer et de détenir des suspects dans le cadre de la lutte contre Al-Qaeda.

Lorsque le programme des « sites noirs » a été mis en route, les quelques rares responsables au courant de son existence ont cherché des lieux. Selon le journal, l’idée de navires-prisons (dont l’existence supposée continue à agiter l’Internet) a été abandonnée, pour des raisons de « sécurité et de logistique ». Puis les responsables du programme ont penché pour des îlots, sur le lac Kariba en Zambie, par exemple. Mais ils ont estimé insuffisantes les conditions sanitaires, et ont craint que les Zambiens ne sachent garder leur langue. Dans l’urgence, la CIA a d’abord confié des prisonniers à ses alliés, en Jordanie ou en Egypte. Puis un « site noir » a été installé en Afghanistan. Nom de code : « la mine de sel ».

Cachot secret. Vers l’été 2002, deux nouveaux « sites noirs » auraient été établis en Thaïlande et dans un pays d’Europe de l’Est. Lorsque la presse a évoqué l’existence d’une telle prison en Thaïlande, un an plus tard, celle-ci aurait été fermée (Bangkok a démenti hier son existence). LA CIA a également fermé un cachot secret à Guantanamo, lorsque la jutice américaine a commencé à s’intéresser de près aux conditions de détention des prisonniers de cette base militaire américaine située à Cuba. Hier, la CIA se refusait à tout commentaire.


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