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Spirale, ou les nouvelles ambitions de la France dans l’espace militaire

Jean Guisnel, le Point.fr

lundi 16 février 2009, sélectionné par Spyworld

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Quand Ariane V est partie vers l’espace, le 12 février, dans l’extraordinaire fracas de ses moteurs à poudre, elle emportait à son sommet deux microsatellites militaires français, constituant à eux seuls une nouvelle famille de véhicules spatiaux nationaux. Les deux petits (117 kg chacun) engins lancés pour la DGA (Délégation générale pour l’armement) sont les composantes en orbite du système Spirale (Système préparatoire infra-rouge pour l’alerte) . Ils sont chacun dotés d’un télescope en CeSic (composite céramique) , et complètent la panoplie spatiale militaire, comptant par ailleurs les satellites d’observation optique Hélios 1-A et Hélios 2-A , Syracuse pour les communications et ESSAIM pour l’interception électromagnétique.

La vocation des deux satellites Spirale n’est pas opérationnelle, mais exploratoire : navigant entre 10.000 et 15.000 km l’un de l’autre, sur une orbite "elliptique haute altitude défilante" (apogée 36.000 km, périgée 600 km), ils vont commencer à dresser une ébauche de fond de carte de la surface terrestre. Dans l’avenir, quand ce fond aura été complètement réalisé par de futurs satellites nettement plus performants, il sera possible aux militaires français de repérer les tirs de missiles balistiques. Cette détection se fera par infrarouge, la flamme ("plume") de l’engin étant repérable depuis l’espace. Les données ainsi recueillies et analysées par le système d’exploitation des satellites Spirale, baptisé quant à lui Sésame, permettront de déterminer les paramètres du tir, et notamment la direction initiale prise par le missile. Mais on n’en est pas là ! La DGA envisage de collecter des images de la Terre durant un an à partir d’avril 2009, afin d’être en mesure de définir à l’automne 2010 les caractéristiques du système définitif, qui serait pour sa part situé sur une orbite géostationnaire permettant de surveiller en permanence l’Afrique et le Moyen-Orient. Il convient de noter que ce programme exploratoire de 124 millions d’euros dont la réalisation a été confiée à Thales Alenia Space , a utilisé la plate-forme Myriade développée par le CNES (Centre national d’études spatiales) , ce qui a permis d’en limiter le coût.

Haut comme un immeuble de huit étages

Les ingénieurs présents à Kourou à l’occasion de ce lancement ne faisaient pas mystère des difficultés qui les attendent, concernant notamment les phénomènes lumineux pouvant être confondus avec un tir de missile : les glaciers et la neige, voire des nuages, peuvent réfléchir intensément la lumière du soleil et provoquer de fausses alertes. Lorsque les scientifiques auront surmonté ces difficultés, et conduit cette phase à son terme, il sera alors temps de prendre des décisions engageant la suite. Ces dernières porteront bien sûr sur un ou plusieurs futurs satellites opérationnels, éventuellement en coopération européenne, mais également sur un projet encore plus ambitieux : le TLP (Très longue portée). Car dans le schéma retenu par les militaires, le satellite ne peut fonctionner seul. Il doit être associé à un radar de plusieurs milliers de kilomètres de portée, capable de suivre les ogives lancées par le missile. En clair : le lancement de la fusée repéré par le satellite sonne l’alerte, mais c’est le radar qui permet de déterminer le lieu et l’heure de la chute de l’arme sur sa cible. Il s’agit en quelque sorte de reproduire, à une échelle de trois à cinq mille kilomètres, le système d’alerte que les Israéliens ont mis en place pour les roquettes tirées contre leur territoire depuis Gaza ou le Sud-Liban. Les Français envisagent donc de réaliser ce radar à très longue portée, qui représente un défi et des budgets considérables pour l’industrie française.

Un radar de ce type, qui pourrait être opérationnel en 2018, serait un équipement aussi cher (100 millions d’euros, en première approximation) qu’énorme (400 mètres carrés de surface d’émission), haut comme un immeuble de huit étages, et devant impérativement être installé à proximité relative de la zone de lancement du missile potentiellement agressif. Ce qui laisse augurer de complexes tractations diplomatiques ! Cette option est sur la table, mais les décisions politiques ne sont pas prises. Pas plus que ne le sont celles qui permettraient de doter la France d’un système antimissile, sans doute hors de portée financière.

Le système de détection et d’alerte des tirs de missiles est inscrit dans le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale publié le 17 juin 2008, et le président de la République a réaffirmé à cette occasion son intérêt pour cette initiative. Mais le programme Spirale est lancé depuis plus de cinq ans, les financements étant assurés depuis janvier 2004. Rappelons en outre que l’effort spatial militaire français s’inscrit désormais dans une perspective européenne très axée sur le renseignement . À ce jour, Paris a bon espoir d’intéresser les Allemands et les Italiens à son projet d’alerte avancée.


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