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A Moscou, visite du ministre iranien de la défense et ambiguïté russe envers l’Iran

Marie Jégo, le Monde

mardi 17 février 2009, sélectionné par Spyworld

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Le ministre iranien de la défense, Mostafa Mohammad Najjar, a commencé lundi 16 février une visite de trois jours à Moscou, signe de la bonne coopération militaire et technique entre la Russie et la République islamique. Après une entrevue avec son homologue russe, Anatoli Serdioukov, le ministre mènera les pourparlers avec des responsables de l’agence russe d’exportation d’armes Rosoboronexport et visitera l’usine d’Almaz-Anteï, qui produit les missiles anti-aériens S-300.

"Le point central des négociations de M. Najjar à Moscou sera la coopération militaire et technique (...), entre autres la réalisation du contrat pour la livraison de systèmes anti-aériens russes S-300", explique une source militaire anonyme, citée par l’agence russe Interfax. Signé il y a quelques années, le contrat, d’un montant de 700 millions de dollars (554 millions d’euros), prévoit la fourniture à l’Iran de cinq batteries de ces missiles sol-air, soit 60 tubes de lancement. Officiellement, la Russie assure n’avoir encore rien livré.

La question de la livraison des S-300 refait périodiquement surface. En 2006, Ivan Safronov, un colonel des forces spatiales à la retraite devenu journaliste pour le quotidien Kommersant, avait beaucoup écrit sur le sujet. Selon lui, les livraisons devaient se faire par la Biélorussie afin que les Occidentaux n’accusent pas Moscou d’armer des Etats voyous. Le dernier volet de son enquête n’a jamais été publié. Le 2 mars 2007, Ivan Safronov s’est jeté du 4e étage de son immeuble, un filet d’oranges à la main. L’enquête a conclu à un "suicide".

En décembre 2008, les agences de presse Ria Novosti et Itar-Tass, citant des sources non identifiées, ont indiqué que la livraison avait commencé. L’information a aussitôt été démentie. "Pour des raisons politiques, le contrat n’est pas entré en vigueur", prétend le quotidien Kommersant dans son édition du 17 février.

De son côté, l’Iran est plus que jamais intéressé à recevoir les S-300. "La construction de la centrale nucléaire de Bouchher (par les Russes) est en voie d’achèvement. Il est clair que si la tension croît entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran, ce site stratégique sera la première cible", explique le politologue Radjab Safarov, cité par le journal. Selon lui, la visite du ministre iranien de la défense fera avancer le dossier.

Les S-300 ayant besoin d’être protégés, l’Iran a d’ores et déjà acquis en 2007 des systèmes de défense anti-aérienne TOR-M1, moins sophistiqués que les S-300, pour une valeur estimée à 700 millions de dollars. Couplés aux S-300, ces systèmes à court rayon d’action renforceraient considérablement la défense antiaérienne iranienne.

La livraison des S-300 à l’Iran refait surface au moment où la nouvelle Maison Blanche compte sur le soutien russe dans le dossier du nucléaire iranien. Les Etats-Unis espèrent un feu vert de Moscou à des pressions concertées et fortes sur Téhéran, soupçonné de produire du nucléaire à des fins militaires. Depuis septembre 2008, Moscou bloque toute nouvelle sanction contre Téhéran au Conseil de sécurité de l’ONU.

Soufflant le chaud et le froid, la Russie fait patte de velours avec la nouvelle administration américaine tout en montrant que sa capacité de nuire est intacte, à la veille de la rencontre, début mars, des ministres des affaires étrangères russe et américain, Sergei Lavrov et Hillary Clinton. La perspective de voir l’Iran disposer de S-300 inquiète Israël et son allié américain. Israël perçoit l’Iran comme la plus grave menace à sa sécurité, en raison des déclarations du président iranien Ahmadinejad demandant à ce qu’Israël soit rayé de la carte.


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