vendredi 28 novembre 2014

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Le hack des satellites, un classique qui revient à la mode

CNIS-mag.com

jeudi 19 février 2009, sélectionné par Spyworld

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L’écoute des liaisons montantes des satellites de télédiffusion, le piratage des cartes de déchiffrement (les infâmes codes season qui permettaient d’accéder gratuitement au réseau Sky), tout çà est assez classique et presque banal.

L’attaque en déni de service à la réception demande un peu plus d’inventivité. Le hold-up de satellite par « écrasement » (hétérodynage, disent les spécialistes) de l’uplink officiel exige également quelques moyens peu courants, mais que toute nation se doit de posséder en cas de conflit.

Le « radio squatting » de canaux satellites (à l’insu du propriétaire de l’oiseau), voilà qui est encore moins banal. Il consiste à utiliser, sans débourser un centime, les fréquences laissées libres sur le transpondeur embarqué. Encore faut-il posséder l’équivalent d’une station terrestre pour atteindre le véhicule en orbite géosynchrone. Mais le meilleur du hacking semble bien être l’espionnage des liaisons descendantes des réseaux informatiques véhiculés soit par Vsat, soit par « broadcast général et accès séquentiel » tel que le pratiquent les fournisseurs d’accès Internet par satellite.

Tout ceci fera l’objet d’une causerie d’Adam Laurie, le patron du Bunker, pourfendeur de RFID, à l’occasion de la prochaine BlackHat de Washington. Sam Goodin, du Reg, signale également l’événement et rappelle que déjà, à l’occasion de la dernière Hack in the Box 2008, trois chercheurs Jim Geovedi, Raditya Iryandi et Anthony Zboralski, avaient décrit comment squatter un canal inutilisé sur un satellite de retransmission civile ou, -technique bien plus simple et efficace- comment « planter » ledit réseau en lançant une attaque en déni de service purement radioélectrique côté réception. Il faut admettre que cette forme d’attaque brutale ou de wardriving suivi d’une injection de « rogue station » dépasse quelque peu en moyens techniques ce qu’il est nécessaire de posséder dans le domaine du Wifi. Mais la chose ne présente aucune difficulté insurmontable pour un bon radioélectronicien.

Mais revenons à Laurie. Son hack est diablement intéressant pour plusieurs raisons. En premier lieu, il ne s’attaque qu’au contenu des liaisons descendantes. De ce fait, il peut se contenter d’utiliser un simple démodulateur et une antenne offset tout à fait classique qui ne dépare pas dans le paysage urbain moderne. C’est un détail important. Car le « piratage de canal » suggéré par l’étude de Geovedi-Iryandi-Zboralski nécessite une antenne relativement « pointue » et présentant un gain énorme… donc une taille proportionnelle au gain espéré. Un réflecteur parabolique de 2 à 4 mètres ailleurs que sur le toit d’un hôtel passe rarement inaperçu. Ceci sans mentionner les considérations économiques : une station d’attaque devant émettre coûte plusieurs milliers d’euros, un système d’écoute passif peut être acquis pour une cinquantaine d’euros, neuf, dans n’importe quelle grande surface de bricolage, au rayon « antennes et TV satellite ». Comble de la simplicité, les démodulateurs modernes possèdent désormais tous une interface Ethernet, et bien souvent un firmware à base de Linux embarqué. Il n’est donc plus nécessaire de s’inquiéter d’éventuelles contraintes matérielles : même sans fer à souder, il est aujourd’hui possible de voir passer les requêtes Gmail ou les navigations Web qui passent par les « downlink » grand public. Ce n’est plus qu’une question de connaissance des sniffers en vogue et éventuellement de quelques programmes de déchiffrement.

Le hack des satellites est un vieux mythe de la SF moderne. L’un des premiers auteurs à en avoir mentionné quelques aperçus techniques plausibles était Jacques Vallée, dans son roman Alintel. Déjà, à l’époque, l’écoute des « uplink » était un sport pour quelques rares hackers travaillant dans le domaine de l’analogique. Après le petit exercice de vulgarisation auquel va se mener Adam Laurie –et compte tenu de l’acharnement de ce dernier à fournir l’intégralité de ses outils en open source- il y a fort à parier que les adeptes du wardriving spatial vont se multiplier. Insistons toutefois sur deux ou trois petits détails qui pourraient tempérer les ardeurs de certains. Les « downlink Internet », Vsat mis à part, ne sont jamais qu’une forme plus rapide du système pseudo-interactif Antiope (les informations videotext diffusées dans l’espace de synchro des trames de la télévision terrestre). Les données descendantes de centaines d’internautes sont expédiées « pêle-mêle » depuis le satellite dans une sorte de mode broadcast légèrement redondant. Seul un identifiant permet à chacun de ne filtrer que ce qui l’intéresse… mais tout le monde reçoit les informations de tout le monde. Ce qui implique qu’il faille sérieusement trier ce que l’on recherche à l’arrivée.

Autre problème, il est très difficile –mais pas impossible- d’effectuer une attaque par « cookie hijacking » pour récupérer, par exemple, une interface Gmail. Tout l’art est de pouvoir atteindre la station de travail, et, en premier lieu, de la repérer et de la surveiller par le biais de sa voie « montante ». Cette voie expédie les ordres vers les proxys de l’opérateur satellite, et est généralement constituée d’une simple liaison IP par RTC ou par ADSL. Ces « voies montantes » sont bidirectionnelles, et donc susceptibles d’attaques par injection. La surveillance de l’adresse IP fait le reste… ou presque.


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