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Autriche : l’image de la police ternie par des espions kazakhs

Maurin Picard, le Figaro

jeudi 19 février 2009, sélectionné par Spyworld

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Des policiers se seraient laissé entraîner dans une affaire d’espionnage.

Ancienne enclave neutre coincée entre les deux blocs de l’Est et de l’Ouest durant la guerre froide, l’Autriche n’a rien perdu de son attractivité pour les espions de tous bords. Deux policiers autrichiens soupçonnés d’intriguer au profit des services secrets du Kazakhstan ont été suspendus, en attendant leur inculpation imminente. Les deux hommes, qui travaillaient en Basse-Autriche à l’ouest de Vienne, auraient fouillé illégalement dans la base de données informatique de la police (Ekis) pour dénicher l’adresse d’un opposant au régime du président Noursoultan Nazerbaïev. Rakhat Aliev, l’ex-gendre du chef de l’État, vit caché en Autriche depuis qu’il a brutalement été démis de ses fonctions d’ambassadeur en 2007 et accusé de l’enlèvement de responsables d’une grande banque kazakhe.

Ce n’est pas la première fois qu’un fonctionnaire autrichien est accusé de collusion avec des émissaires d’Almaty. Le mois dernier, un officier de police affecté au X e arrondissement avait lui aussi été pris la main dans le sac, tandis qu’il allait remettre des données confidentielles à un ressortissant kazakh, contre 2 000 euros. Il purge actuellement une peine de huit mois de prison.

Ce nouveau scandale vient ternir le blason de la police autrichienne, qui doit inaugurer cette année un office de prévention et de lutte contre la corruption. L’un des deux officiers arrêtés faisait lui-même partie du Bureau des affaires intérieures (BIA), la police des polices autrichienne, déjà éclaboussé par plusieurs scandales. « Cette affaire ébranle les fondements mêmes de l’État de droit », déclare un enquêteur.

Ancien homme fort du régime Nazerbaïev, vice-ministre des Affaires étrangères et habitué des basses besognes en tant que patron des services secrets (KNB), Rakhat Aliev était marié à Dariga Nazarbaïeva, la fille du président. Mais il a commis une erreur fatale en annonçant son intention de briguer la présidence de la République en 2012, contre la volonté de son beau-père.

Aliev, qui se terre en Autriche tout en entretenant une maison close en plein centre de Vienne, a été condamné à quarante ans de prison par contumace par la justice kazakhe, mais, pour l’instant, son cas est loin d’être réglé. Les juges autrichiens ont refusé de signer son extradition vers Almaty, au motif que les conditions d’un procès équitable à son encontre au Kazakhstan n’étaient pas réunies.

Présidence de l’OSCE

« Nous n’avons envoyé personne en Autriche, nous n’avons rien à voir avec cette affaire, martèle le porte-parole du KNB, Kenjeboulat Beknazarov. Nous n’avons reçu aucun document officiel de la part de l’Autriche. »

Cette sombre affaire éclate au plus mauvais moment pour le Kazakhstan, qui assumera en 2010 la présidence tournante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont le siège se trouve à Vienne et auprès de laquelle Aliev exerçait encore les fonctions d’ambassadeur il y a moins de deux ans. Elle indispose également les chancelleries occidentales, déjà embarrassées par les dérives du régime de « démocratie contrôlée » du président Nazerbaïev, qui reste néanmoins un allié indispensable en Asie centrale : le Kazakhstan, qui possède de larges réserves de gaz et de pétrole, vient d’autoriser le transit de matériel terrestre destiné aux forces de la coalition en Afghanistan.


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