Spyworld Actu
http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article14920
Espace Lancement d’un satellite de renseignement IGS
Bulletins-electroniques.com
mardi, 4 octobre 2011 / Spyworld

Le Japon a lancé le 23 septembre à 13h36 un nouveau satellite de renseignement, destiné notamment à surveiller les tirs de missiles nord-coréens. Le lancement a été assuré par la société MHI (Mitsubishi Heavy Industries) et par la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency), depuis le Centre spatial de Tanegashima. Il s’agissait du dix-neuvième vol de la fusée H-IIA, qui emportait avec elle le satellite "IGS optique 4". Le précédent tir d’une fusée H-IIA remonte à plus d’un an, avec le lancement de Michibiki/QZS-1 le 11 septembre 2010. Entre-temps, une fusée H-IIB transportant le cargo ravitailleur HTV-2 avait également été lancée le 22 janvier 2011.

Le gouvernement japonais a décidé de mettre en place le programme de renseignement IGS (Information Gathering Satellite) suite au tir d’un missile Taepodong-1 au dessus du Japon par la Corée du Nord en 1998. IGS optique 4 est le neuvième satellite produit par le Japon pour ce programme depuis 2003. Parmi ces neuf satellites, sept ont été lancés avec succès (cinq optiques et deux radars) mais deux (un optique et un radar) ont été perdus lors de l’échec du lancement de la sixième fusée H-IIA en novembre 2003. Sur les sept satellites IGS placés en orbite, deux satellites radars sont tombés en panne en 2007 et 2010. IGS optique 1, lancé en mars 2003, serait vraisemblablement lui aussi hors-service, bien qu’aucune communication officielle n’ait été faite à ce sujet. En incluant le nouvel arrivant, il ne resterait donc plus que quatre satellites opérationnels, tous équipés de capteurs optiques. Toutefois, le Japon prévoit de lancer deux nouveaux satellites radars au cours des deux prochaines années. En effet, des instruments radars sont indispensables pour pouvoir réaliser des observations de nuit ou par temps nuageux. La constellation du programme IGS devait à la base être constituée au minimum de deux satellites optiques et deux satellites radar.

IGS optique 4 a été lancé en tant que successeur au satellite IGS optique 2, qui a dépassé sa durée de vie prévue. Le nouveau satellite, équipé de capteurs optiques, serait positionné à une altitude d’environ 500km et offrirait une résolution spatiale au sol de 60cm. Comparé à IGS optique 3, il possèderait un système de pointage amélioré lui offrant plus d’agilité. Le coût de développement d’IGS optique 4, fabriqué par la société Mitsubishi Electrics, est estimé à 36 milliards de yens (environ 350 millions d’euros).

D’abord prévu pour le 28 août, le lancement d’IGS optique 4 a été reporté en raison d’un problème de non-conformité découvert dans le récepteur de commande de destruction du lanceur H-IIA (CDR - Command Destruct Receiver). Le 7 septembre, la JAXA a publié un communiqué de presse décrivant plus en détail l’origine du problème, dû à l’utilisation non conforme d’un composant électronique. Après avoir effectué les réparations et tests nécessaires, la JAXA et MHI ont fixé la nouvelle date de lancement au 17 septembre, mais les mauvaises conditions météorologiques sur le centre de tir, conséquences du passage du typhon Roke sur l’archipel japonais, ont provoqué de nouveaux reports. Le lancement a ainsi été repoussé au 18 puis au 23 septembre, date à laquelle il a enfin pu avoir lieu.

Le programme IGS a été présenté au public japonais comme une mission duale, servant aussi bien à l’observation des bases militaires des pays de l’Asie du Nord-est, qu’à la gestion des catastrophes naturelles. En réalité, cette dernière utilisation civile n’est pas implémentée car le secret lié au programme rend toute diffusion publique d’image extrêmement compliquée. Les utilisateurs potentiels, comme la sécurité civile, ont d’ailleurs protesté contre ce système difficilement exploitable. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer les faibles retombées d’IGS et le coût exorbitant du programme. Il semblerait cependant qu’IGS ait été utilisé dans la gestion de la crise de mars 2011 : des images IGS auraient ainsi été utilisées deux jours après le tsunami pour élaborer des cartes des zones sinistrées et les distribuer aux différentes cellules de crise. Des prises de vue de la centrale de Fukushima auraient également été fournies au cabinet du Premier Ministre. Toutefois, les images originales et la date exacte des prises de vue n’ont pas été rendues publiques car ces données pourraient permettre de déterminer les caractéristiques des orbites et les performances exactes des instruments des satellites IGS.

Le prochain lancement d’une fusée H-IIA est prévu aux environs de mars 2012 et emportera le satellite d’observation des variations du cycle de l’eau GCOM-W1.

URL de la source : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/67815.htm